A l’image du premier morceau “Suspended adolescence” le début
du set sera pur jazz. Lauréat du Montreux Saxo en 2002, Soweto nous rappelle
qu’il maîtrise ses bases. Tout comme son invité spécial, Shabaka Hutchings à la
clarinette. Graham Godfrey aux drums effleure ses tomes au passage, presque
incidemment, pourtant la puissance est bien là, portée avec une grande
fluidité. L’écriture musicale est pointilliste, agrégée autour d’un thème pivot
et invisible. Petit à petit s’élabore une mosaïque de sons, de couleurs et de
rythmes qui dessinent un motif révélé à nos oreilles ébahies. Une dentelle de
Calais, un subtil corail. Des thèmes enroulés comme des algues autour d’un
Maki. Que l’on pourrait croquer tellement ils deviennent consistants. Le
rappeur anglais nous donne entre chaque morceau quelques informations de
contexte. Comme ce « Love of money » qui pose un regard lucide sur la
folie de l’argent qui s’est emparée de la planète. C’est aussi le début d’une
séquence slam avec une ode ironique, déclamative et psychotique au dieu
monnaie. Puis « Dereliction » ou encore «Opium seeds». Les
paroles martèlent leur sens avec force. Extrait de “Love of money” :
“She raises hopes like
rainbows lifted, never pesomistic
The way we started,
we’ll be friends forever
Commenced as
treasures, I know we’ll see the end together
Her friends are all
wealthy never had to paypals
She wears a crown, but
down to keep it real
For you I lose sense,
from where or whom were you sent? “
Le public de la salle, à dominante jazz aigue, assiste alors
au dévoilement de plus en plus affirmé d’un rappeur superbe, qui matraque ses
syllabes avec concision et percussion. Sur un groove funky, Soweto nous enjoint : shake
your booty ! Il se dégage une saine énergie des compositions, quelque
chose de profondément vivant, comme une pulsation primordiale. De ludique et espiègle
à la fois. Serein et posé, apaisant et puissant. Rien que çà ! Une dose de
génie quoi. Comme une envie de lui crier « Soweto tu es beau ! ».
Mais le plus extraordinaire est à venir. Notre Master of Ceremony qui maîtrise
quelques mots de français va se lancer dans un exercice de haute voltige. Il
demande au public un mot commençant par F, ce sera Fromage (!), puis R avec
Ravioli (!!), O de Orgasme, M de Merci, etc. pas moins de 7 ou 8 mots français que
notre rappeur va mémoriser avant de se lancer dans un slam improvisé et
splendide. Une grande leçon de hip hop. Même les bouts rimés de la cour de
Louis XIV semblent faciles en comparaison (voir le film « Ridicule »
de Patrice Leconte). Le résultat est tout simplement impressionnant, et le
public est électrisé. Public encore mis à contribution pour un « Raise
your spirit » où le « spirit » sera scandé par la salle entière,
de plus en plus sauvagement à mesure du morceau ! Soweto réussi la
prouesse insensée de convertir quelques centaines de Bourguignons bons teints
en horde de guerriers spirituels… C’est vous dire le génie du Monsieur. A
attraper absolument dés qu’il revient en France.
Willy J


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